De sang & de froid

Peut-on apprécier un auteur, son style d’écriture et la qualité de son travail, sans pour autant aimer le résultat de ce travail ? C’est la question de cette semaine, et vous avez quatre heures.

pittet
De sang & de froid

4e de couverture

Sur les terres gelées de l’Arctique, Ferya, une guerrière respectée, s’adonne à une partie de chasse aux côtés de ses compagnons, tous issus de la tribu des Crânes de Fer. Avec eux marche Gulgoren, un enfant que Ferya a juré de protéger malgré ses origines impies. Tandis qu’ils rentrent victorieux après un affrontement sanglant contre un morse géant, ils sont attaqués par une tribu adverse. Dans le feu de l’action, le groupe de Ferya est alors disloqué. Dorénavant, l’Arctienne ne peut compter que sur Wundrak, un ami de longue date, et Gulgoren. Mais que peuvent faire trois individus éreintés, transis de froid, face à toute une armée d’ennemis lancée à leur trousse ? Comment survivre aux nombreux dangers qui pullulent en Arctique ? Et pire que tout, quel est ce mal mystérieux rôdant dans les parages, cet ennemi invisible qui, sans discernement, tue bêtes et hommes ?

L’aventure sera longue et douloureuse; elle les mènera aux confins d’un territoire désolé et abandonné des dieux, dans des endroits dont ils ne soupçonnaient même pas l’existence. Pour Ferya, aucun doute : la seule façon de s’en sortir consiste à réveiller ce qui sommeille chez l’enfant, cette magie ancestrale, transmise par son père. Mais Gulgoren cache bien d’autres secrets dans les tréfonds de son être… Un germe mystérieux, qui pourrait changer à jamais le visage de l’Arctique.

Mon avis

C’est mon premier essai avec Fabrice Pittet qui, lui, n’en est cependant pas à son premier roman. Premier essai également avec Fantasy-Editions dont je ne connais pas les autres titres. La couverture et le résumé m’avaient intéressée, et c’est à l’occasion d’un défi lecture que je me suis lancée dans ce roman.

J’ai beaucoup apprécié la qualité narrative de ce récit, mené sans aucun temps mort. L’écriture de l’auteur est fluide, ciselée sans être surchargée, ce qui assure un confort de lecture parfait. Fabrice Pittet maîtrise les mots, maîtrise son vocabulaire et son sujet, et ça se sent. Aucune fausse note dans le scénario qui se suit avec aisance : on sent le travail mené en amont de ce texte, d’un bout à l’autre de l’histoire. Je n’ai jamais relevé la moindre incohérence ni le moindre oubli dans les informations données. L’auteur retombe parfaitement sur ses pieds entre le début et la fin de son roman, chose que j’ai beaucoup appréciée.
Avec son vocabulaire précis, mais encore une fois pas excessif, Fabrice Pittet nous dépeint parfaitement la vie dans cet Arctique impitoyable, où la moindre faiblesse conduit inéluctablement à la mort. Les rigueurs du froid, le danger lié aux bêtes et aux autres clans, la volonté des dieux nécessitent des habitants forts et courageux – le parallèle avec les Vikings est bien sûr vite fait (et j’adore les Vikings).

Seulement, au-delà de ces qualités indéniables qui font que, d’ordinaire, j’apprécie un roman, celui-ci ne m’a hélas pas séduite. Tout ce qui va suivre est purement personnel alors ne le prenez pas pour argent comptant et lisez ce livre s’il vous tente, car ce qui est vrai pour moi ne le sera peut-être pas pour vous.
Le premier point qui m’a rebutée, ce sont les personnages. Je ne me suis attachée à aucun d’eux. Ils m’ont paru froids, rugueux, rigides, violents, obtus et donc, finalement, plutôt antipathiques. Bizarrement, le passé de Ferya, l’héroïne, m’a paru très travaillé, très intéressant, mais je n’ai pas aimé le personnage lui-même. C’est pourtant une femme forte, courageuse, tout à fait égale aux hommes de son clan… mais non, la mayonnaise n’a pas pris avec elle. Wundrak, guerrier archétypal, et Gulgoren, gamin lisse et sans relief durant 90% du roman, ne m’ont pas non plus séduite. Au final, ce qui pouvait leur arriver m’était plutôt indifférent (un comble quand on lit un roman tel que celui-ci !).
Le rythme m’a également posé problème. Certes, c’est percutant, c’est direct, c’est efficace… mais il me manque des détails, des descriptions, des réflexions profondes… Le roman est volontairement court, et qui dit court dit tranchage nécessaire dans le superflu : autrement dit, pas de fioritures, mais j’aime les fioritures, moi !
Enfin, trop de trop tue le trop : beaucoup trop d’injures à mon goût. Il s’agit sûrement d’une volonté de montrer que ces personnages sont des « bonhommes » et pas des littéraires, mais les bordées de jurons finissent par lasser, surtout quand tous les personnages en profèrent à tout bout de champ.

Au niveau forme du livre, rien à dire : couverture de qualité, zéro coquille, illustration de Michel Borderie au poil. Un vrai plaisir à regarder et à manipuler. Bravo à Fantasy-Editions !

En bref, ce roman a une vraie âme, mais celle-ci n’a pas résonné avec la mienne, hélas. C’est un récit objectivement bon mais pas fait pour moi. Je salue néanmoins le super travail de Fabrice Pittet, que je relirai sûrement avec plaisir pour un autre titre. Si De sang et de froid vous attire, je vous encourage à le lire, car ses qualités vous séduiront très certainement.

En conclusion

  • un roman percutant, rythmé, sans temps mort
  • une écriture agréable, précise et facile à lire
  • des personnages peu attachants, des dialogues de charretiers
  • pas de décorum, que de l’action

Les détails techniques

Titre : De sang & de froid
Auteur : Fabrice Pittet
Illustrateur : Michel Borderie
Editeur : Fantasy-Editions
Pages : 190
Genre : Fantasy
Prix : 16€


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