La voie Verne

Je ne lis pas beaucoup de science-fiction, c’est un fait. Un fait d’autant plus étrange que la plupart du temps, j’adore ce que je lis dans ce domaine, alors pourquoi pas plus souvent…? Aucune idée. Une fois n’est pas coutume, je vais parler SF.

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La Voie Verne

4e de couverture

Un futur qui pourrait être aujourd’hui : l’usage du papier a disparu et l’ensemble des connaissances a été numérisé, jusqu’à ce qu’un virus informatique terriblement puissant et fulgurant en anéantisse une grande partie.

Dans ce monde au savoir gangrené, John, un homme d’âge mûr, devient majordome pour de mystérieuses raisons dans une famille richissime, recluse dans un immense manoir perché au cœur des Alpes. C’est là que vit Gabriel, un étrange enfant qui passe son temps dans un univers virtuel mettant en scène un XIXe siècle singulièrement décalé où il retrouve tous les héros, machines et décors de Jules Verne, un écrivain depuis longtemps oublié…

Confronté au mutisme du jeune garçon, aux secrets et aux dangers du monde virtuel dédié à Jules Verne, John s’embarque sans le savoir dans une aventure dont les enjeux se révéleront bientôt vertigineux.

Mon avis

Autant le dire tout de suite : si ça parle de Jules Verne, je lis, peu importe que ce soit bon ou mauvais. Jules Verne est un auteur que j’adore. Je lis ses romans depuis que je suis gamine, depuis qu’un de mes profs de français (je ne sais plus lequel, pardon à vous), nous a un jour fait lire « Le tour du monde en 80 jours ». Qu’est-ce j’ai aimé ! Depuis, j’en ai lu des tonnes, toujours avec le même plaisir. Sauf peut-être « Cinq semaines en ballon » que je trouve barbant, mais il en faut bien un.
Enfin, on n’est pas là pour parler de ça, mais de « La voie Verne », dont le nom, la couverture et le résumé m’ont tout de suite donné envie de le découvrir. Ai-je eu raison ? Oui, oui, cent fois oui !

Dès le début du roman, Jacques Martel nous plonge sur une Terre futuriste diablement crédible (presque effrayante, du coup) : catastrophes climatiques, prédominance de la technologie et du Halo, cet e-nivers, ou univers virtuel, où tout est possible, mais où les hommes sont noyés par des infos et des publicités sans intérêt. Au milieu de ce Halo évoluent d’autres humains qui, eux, ont saisi le plein potentiel de cette e-réalité : ce sont les codeurs, les nerds, les geeks, ceux qui sont nés avec le Halo et qui le comprennent mieux que personne.
Entre en scène John Erns, postulant majordome chez Mme Dumont-Lieber, et qui cache un secret. Si j’aurais aimé plus de subtilité dans l’annonce de ce mystère, plutôt que la répétition systématique de « j’étais là mais je devais agir prudemment pour ne pas me dévoiler », le secret en question est juste énorme. J’ai adoré le découvrir, et la façon dont l’auteur nous le dévoile est excellente. Il y a un je ne sais quoi d’Alain Damasio dans la plume de Jacques Martel, dans sa narration, dans ses descriptions, dans ses envolées philosophiques (la rencontre entre « John Erns » et l’homme qui décidera de son destin est particulièrement marquante). Et quand je parle de Damasio, c’est chez moi un compliment car j’adore cet auteur. Indéniablement, certains passages de « La voie Verne », certaines phrases, m’ont touchée tant ils sont vrais, tant ils sont profonds. Nul doute que je les relirai pour m’en imprégner encore.

Si la progression du roman est relativement lente dans sa première partie, elle s’accélère brutalement quand le narrateur décide de s’investir vraiment pour obtenir ce qu’il désire. L’auteur transcrit parfaitement ce que ressent John Erns : l’impuissance, tout d’abord, à travers un récit lent et calme, l’action, avec un récit qui prend du rythme, puis le dépassement total de son héros, par les exclamations hallucinées de son acolyte dans le Halo. On se retrouve soudain entraînés dans ce flux, nous aussi, lecteurs, assistant avec les mêmes yeux que notre narrateur à l’incroyable mise en marche de cette fameuse voie Verne. Moi qui ne suis pas friande des récits à la première personne, d’ordinaire, j’ai ici été emportée, avide de connaître la suite.
L‘ambiance rétro-futuriste inversée donne une couleur particulière à l’histoire. Dans un monde où tout n’est que modernité, le parfum de désuétude qui imprègne le manoir des Dumont-Lieber fleure une époque dont nous sommes tous un peu nostalgiques : celle où l’humanité rêvait de découvertes et d’explorations, avec une politesse et un code de conduite stricts surannés.

J’ai beaucoup aimé les personnages, en particulier John Erns, désespéré qui commence peu à peu à croire en ce qu’il fait. Chaque intervenant est parfaitement dépeint, à tel point qu’on l’identifie sans mal et qu’on se le représente avec facilité. L’originalité tient au personnage principal (du moins, de mon point de vue, il s’agit du personnage principal) : Gabriel, le petit garçon autiste, qui révélera au fil des pages son incroyable potentiel. Et Pearline, la vraie raison de tout ceci, est une aventurière comme Verne aurait pu en rêver, à ceci près qu’elle est une femme. Merci Jacques Martel d’avoir comblé cette lacune dans l’œuvre de Verne, en ajoutant le nom de Pearline Khan à la liste des héros des Voyages Extraordinaires.

Au niveau du livre lui-même, peu de choses à reprocher aux éditions Mnémos. La couverture est de très belle facture et elle incite à se plonger dans le voyage. En revanche, j’ai relevé beaucoup de coquilles (mais avec un tel pavé, c’était presque obligé).

Cet ouvrage est un véritable hommage à Jules Verne. Un héros, contre le sort qui s’acharne, contre les « nains » qui l’oppressent, va se dresser et parcourir des lieues (virtuelles, ici) pour atteindre son but. La part belle est laissée à l’espoir, chose assez rare pour être soulignée et pourtant tellement typique de Verne ! Jacques Martel signe une œuvre à la fois divertissante et profonde, à la plume stylisée et poétique. Il nous parle d’immortalité, de flamme, de héros et d’humanité, et on se souvient avec émotion de tous ces « géants » dont l’Histoire a retenu le nom. Indéniablement, Jules Verne en fait partie, et un peu plus grâce à ce roman.

En conclusion

  • un récit dense et passionnant
  • des personnages bien dépeints, certains fascinants
  • un mélange de SF et de XIXe siècle, façon rétro-futurisme inversé
  • une plume maîtrisée et un style très agréable

Les détails techniques

Titre : La Voie Verne
Auteur : Jacques Martel
Illustrateur : ? (image Shutterstock)
Éditions : Mnémos
Genre : Science-fiction
ISBN : 978-2354087043
Pages : 320
Prix : 20€00


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